Niger – France : l’uranium au cœur d’une rupture qui rebat les cartes du Sahel

Entre souveraineté revendiquée, bras de fer économique et nouvelles alliances, Niamey accélère son pivot vers Moscou.

Le Niger n’a jamais été un pays anodin sur la carte du monde : sous son sol, des gisements d’uranium parmi les plus convoités du continent. Et voilà que Niamey, depuis plusieurs mois, secoue l’échiquier géopolitique avec une audace nouvelle. Jeudi, les autorités militaires ont confirmé vouloir revoir en profondeur les règles du jeu : qui extrait, qui achète, qui profite de cette ressource stratégique.

Dans les couloirs du pouvoir nigérien, une idée s’impose : tourner la page d’un demi-siècle de coopération privilégiée avec la France. Orano, ex-Areva, symbole d’une présence française historique, voit ses positions vaciller. La junte, elle, parle de « souveraineté retrouvée » et d’un marché à rééquilibrer, après des décennies qu’elle juge désavantageuses pour le pays.

Selon des informations du Monde et des documents transmis à des juridictions d’arbitrage, Niamey aurait même discuté d’une possible cession de plus de 1 000 tonnes d’uranium à des acteurs liés à Moscou. Une perspective qui, à Paris, fait lever plus d’un sourcil. Pas seulement pour des raisons économiques : dans une région où les influences s’entrechoquent, chaque tonne de minerai devient un message politique.

La Russie, déjà présente militairement au Mali et au Burkina Faso, verrait dans ce mouvement une nouvelle porte d’entrée. Une forme d’ancrage durable, discret mais puissant, dans un secteur sensible : l’énergie.

En 2024, le geste le plus spectaculaire reste la réquisition du site de la Somaïr, pierre angulaire de l’industrie nucléaire française. Orano a immédiatement contesté, exigeant un gel des ventes et un arbitrage sur la propriété des stocks. À Niamey, la réponse est sèche : il s’agit de « reprendre la main » sur une exploitation jugée opaque, trop marquée par les héritages coloniaux et trop peu bénéfique pour les communautés locales.

Sur le terrain, ces décisions nourrissent autant l’espoir que l’incertitude. À Arlit, dans les régions minières, beaucoup s’interrogent : que restera-t-il en emplois, en investissements, en perspectives pour les jeunes ? La réorientation géopolitique promet un renouveau, mais c’est un pari, et les conséquences ne sont pas encore lisibles.

Ce bras de fer s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une rupture assumée entre Paris et les régimes militaires du Sahel. Après le Mali et le Burkina Faso, le Niger bascule à son tour dans un alignement qui regarde vers Moscou. Pour la France, ce n’est pas seulement un revers stratégique : c’est le signe d’un affaissement d’influence dans une région qu’elle pensait maîtriser. Les diplomates le reconnaissent à demi-mot.

Et pourtant, le Niger n’est pas qu’un pion dans une rivalité internationale. Pour les autorités actuelles, redéfinir la place de l’uranium dans leur politique étrangère, c’est aussi envoyer un signal à la jeunesse : celui d’une indépendance à reconquérir, d’un pays qui veut contrôler ses ressources au lieu d’en être dépossédé. Reste que l’uranium nigérien est vital pour la France : jusqu’à 20 % de ses approvisionnements nucléaires en dépendent, selon les années. Un gel prolongé des flux pourrait faire trembler toute la chaîne énergétique.

Les prochains mois seront décisifs. Plusieurs arbitrages internationaux doivent rendre leurs décisions sur la propriété des stocks et la validité des réquisitions. En attendant, le minerai reste bloqué, les relations gelées, les récits opposés. D’un côté, la promesse d’une souveraineté retrouvée ; de l’autre, la crainte d’un basculement géopolitique durable.

Dans cette bataille de ressources et d’influences, une question demeure, presque obstinée : le Niger redessine-t-il son propre avenir, ou celui des puissances qui le courtisent ?

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